ADAF asbl

Communiqué N°26

08/01/2009 12:30

Tout ça pour ça

En ce début d'année 2009, nous voici donc pourvus d'un nouveau gouvernement. Mais peut-on réellement parler d'un nouveau gouvernement quand si peu de changements sont réellement intervenus. Vu la gravité des faits qui avaient provoqué la chute du gouvernement Leterme et vu les commentaires impitoyables de la presse belge et internationale sur le fonctionnement de notre royaume, on pouvait naïvement s'attendre à une profonde remise en question de nos femmes et hommes politiques. On pouvait également espérer que l'occasion serait saisie pour que les pratiques dénoncées par de courageux magistrats soient définitivement exclues de notre démocratie.

La veille de Noël, les partis de la majorité avaient eu l'opportunité d'envoyer un signal fort à l'opinion publique en montrant qu'ils étaient capables d'oublier toute logique politicienne ou électoraliste.

Il leur suffisait pour cela de voter la proposition émanant du sp.a visant à mettre en place la fameuse commission d'enquête sur l'intégralité de l'affaire FORTIS.

Mais voilà, si l'opposition fit bloc pour défendre cette proposition, ils n'étaient que 48. Et pour que la proposition passe, ils devaient être au moins... 50. Et il ne s'est malheureusement pas trouvé un seul parlementaire de la majorité pour voter cette proposition.

On imaginait bien que le CD&V, l'Open VLD, le MR et le cdH ne seraient guère enthousiastes sur une enquête visant à mettre en question la façon dont ils ont géré la crise financière, mais la position du PS a de quoi surprendre puisque plusieurs personnalités de ce parti avaient clamé haut et fort qu'ils souhaitaient une pareille commission depuis des semaines. Comprenne qui pourra...

On relèvera aussi avec étonnement que le président de la Chambre, un certain Monsieur Van Rompuy, avait refusé en début de séance d'inscrire ce point à l'ordre du jour.

Résultat des courses, la décision de créer cette commission d'enquête fut reportée.

En ce début janvier, ils ont finalement décidé... de ne rien décider concernant le volet financier de l'affaire FORTIS. Il y aura simplement une commission d'enquête sur l'aspect judiciaire avec une remise préalable d'un avis émanant d'un collège d'experts. Pour le reste, on verra plus tard.

Au vu des déclarations du nouveau ministre de la Justice, il semble que l'objectif de cette commission ne sera pas de faire toute la lumière sur cette affaire, mais d'organiser la réhabilitation de Monsieur 800.000 voix, comme l'appelle son ami Stefaan De Clerck, et de permettre ainsi son retour sur la scène politique dans la perspective des futures élections régionales. Cet aspect des choses semble avoir été durement négocié par le CD&V durant la semaine de Noël. Et au cas où certains partis flamands voudraient profiter de la situation, le CD&V a déjà prévenu qu'on pourrait aussi reparler de l'époque où l'ancien Premier ministre Guy Verhofstadt franchissait lui aussi la ligne rouge séparant le monde judiciaire du monde politique.

Certains jours, on se demande si la nouvelle devise de la Belgique n'est pas : « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

Dans ces conditions, à quoi va donc servir cette commission ? A sermonner le premier magistrat du pays qui a osé rappeler à la Belgique toute entière qu'il croyait encore à la démocratie dans notre pays ? Nous suivrons évidemment de très près le sort qui va être réservé à Monsieur Londers.

Il se confirme en tout cas que certains hommes politiques n'ont pas envie que toute la vérité soit connue sur ce dossier qui vient pourtant de faire tomber le gouvernement.

Tout cela ne semble guère inquiéter Herman Van Rompuy, le nouveau Premier ministre, issu du même parti que l'ancien, puisqu'il a déjà pris une décision fortement symbolique : maintenir dans ses fonctions l'ancien chef de cabinet d'Yves Leterme, Hans D'Hondt. Celui-là même qui est considéré comme étant un des principaux suspects du non-respect de la séparation des pouvoirs.

Si, après ça, on nous dit que l'objectif est de restaurer la confiance, il ne faudra pas s'étonner que le scepticisme règne.

Plus pragmatiquement, l'ADAF continue sa mission et multiplie les réunions pour qu'une solution raisonnable soit trouvée.

L'ensemble des associations concernées par l'affaire FORTIS a finalement pu s'entendre pour collaborer efficacement et des actions communes sont en cours. Elles visent à amener le gouvernement à la table des négociations.

Etrangement, le ministre des Finances se réfère maintenant au jugement du 12 décembre 2008 pour indiquer qu'il est préférable d'attendre que la future assemblée générale extraordinaire se prononce avant d'entamer d'éventuelles négociations. Cela est en contradiction avec les déclarations qu'il fit peu avant la trêve des confiseurs sur les plateaux de télévision.

Mais le plus surprenant reste à nos yeux que Monsieur Reynders soit toujours en place et qu'il n'ait pas, à l'instar de Yves Leterme et de Jo Vandeurzen, pris ses responsabilités en se retirant des affaires le temps que toute la clarté soit faite sur ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appeler le Fortisgate.

Soyez en tout cas convaincus que, malgré certaines pressions, nous ne manquerons pas de nous battre afin de défendre vos droits les plus élémentaires.

Nous espérons que vous garderez le moral dans ces moments difficiles et vous souhaitons une heureuse année 2009.



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