ADAF asbl

Communiqué N°38

26/03/2009 18:00

Monsieur De Mey ne dit pas la vérité

Le président du conseil d'administration de FORTIS holding a accordé une interview parue aujourd’hui dans l’hebdomadaire Trends-Tendances. Vous trouverez ci-dessous une partie de l’interview publiée sur le site internet de ces derniers et notre réaction face à cet article.

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FORTIS : «C'est le gouvernement qui a décidé quel scénario il négociait !»

A deux semaines de l'assemblée générale de Fortis, Jozef De Mey, président du holding, le reconnaît sans ambages : il n'a pas pu convaincre le gouvernement d'examiner le scénario du stand alone pour Fortis Banque. Un revers qui ne l'empêche pas d'appeler les actionnaires à approuver l'accord avec BNP Paribas.

Une des associations de défense des actionnaires, l'Adaf, dit que vous avez subi des pressions importantes lors des dernières négociations avec BNP Paribas, et que les membres du comité de pilotage et les ministres en charge du dossier vous ont empêché d'évoquer le stand alone...

Les termes ne sont pas tout à fait exacts, mais il est vrai que nous avons demandé de pouvoir négocier ce scénario de stand alone, et que le gouvernement a simplement refusé.

Vu que le stand alone n'a pas été pris en compte, estimez-vous tout même avoir pu porter, en tant que président de Fortis Holding, le trois fois « non » des actionnaires ?

Oui. Même si le stand alone n'a pas été examiné en profondeur, nous avons la conviction d'avoir obtenu dans les négociations le maximum de ce qu'il était possible d'obtenir pour les actionnaires. Et dans une situation stand alone, et je parle ici pour les actionnaires de Fortis holding, pas pour la banque ou le personnel de la banque, notre conviction est que l'accord aurait été moins favorable.

Pourtant, toujours selon l'Adaf, vous vous seriez exclamé « Godverdomme ! », ne comprenant pas pourquoi l'Etat ne profitait pas des nouvelles exigences de BNP pour mettre fin aux discussions ?

Oui, enfin, bon... Certains actionnaires minoritaires me reprochent de ne pas avoir négocié un stand alone. Je leur ai dit que ce n'était pas à moi qu'il fallait s'adresser, ni au conseil d'administration de Fortis, mais au gouvernement. Ce sont eux qui décident dans quel scénario ils veulent négocier. Si BNP imposait de nouvelles conditions, le gouvernement aurait pu stopper les négociations. Mais c'est au gouvernement à en décider. Si j'ai dit « Godverdomme ! », ce dont je ne me souviens pas, ce n'était peut-être pas dans ce cadre-là, mais sans doute pour dire « adressez-vous plutôt au gouvernement ! ».

Propos recueillis par Christine Scharff de l’hebdomadaire Trends-Tendances.

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Cette interview ne fait bien évidemment que confirmer la position que nous maintenons depuis le début de cette sinistre affaire : c’est le gouvernement belge qui a décidé et qui continue à décider de l’avenir de FORTIS holding, au mépris des actionnaires du groupe et au mépris des votes qu’ils expriment.

Toutefois, si les réponses données par Monsieur De Mey aux questions qui lui sont posées par la journaliste de Trends-Tendances sont proches de la réalité, elles occultent néanmoins le fait qu’il a violé à plusieurs reprises la parole donnée aux représentants des actionnaires.

Il avait tout d’abord promis que jamais il n’accepterait que FORTIS holding participe au SPV. Il considérait que dès le moment où FORTIS holding n’avait plus rien avoir avec FORTIS BANQUE, le risque devait être exclusivement supporté par BNP PARIBAS. Or, il a accepté que FORTIS holding y soit toujours et sans que l’exposition au risque soit en réalité diminuée ; bien au contraire, l’actif du SPV a été augmenté par l’apport de nouveaux produits toxiques et tous les produits sont manifestement surévalués au regard du prix market to market.

Il avait promis que les CASHES (une opération complexe imaginée en 2007 pour financer l’achat de ABN AMRO) n’entraîneraient aucun coût ni risque pour FORTIS holding, l’opération ayant été faite au seul profit de FORTIS BANQUE. Il avait précisé que si tel n’était pas le cas, il présenterait immédiatement sa démission.

Or, FORTIS holding a accepté de renégocier ces CASHES, sous la menace des accords du mois d’octobre 2008.  Ces mêmes accords que les experts désignés par la Cour d’appel de Bruxelles ont définis comme étant « léonins ».  En agissant ainsi, Monsieur De Mey a accepté de verser des intérêts, ad vitam aeternam, à FORTIS BANQUE sans en tirer le moindre profit avec, en plus, le risque potentiel de devoir un jour payer les 2,4 milliards liés à ces fameux CASHES.

Il avait également promis que jamais il ne signerait un accord à 3 heures du matin et qu’il ne subirait pas le diktat du gouvernement.

Il avait justifié sa position en nous expliquant que cet accord permettrait d’acquérir auprès du gouvernement néerlandais les actions de FORTIS VERZEKERING (ex AMEV). Nous savons aujourd’hui qu’il y a peu de chances que cette acquisition se fasse.

Concernant les MCS (représentant 2 milliards qui devaient revenir à FORTIS holding), il avait également certifié qu’il prendrait une attitude ferme à l’égard du gouvernement batave. Monsieur Wouter Bos, le ministre des Finances hollandais ne semble guère avoir de souci à se faire si on s’en tient aux dernières déclarations de Monsieur De Mey.

Mais il y a plus grave. Monsieur De Mey proclame à tous les groupes d’actionnaires qu’il reçoit que FORTIS holding va disposer, après un oui au nouvel accord, de cash pour 3,5 milliards d’euros.

Or, il apparaît à l’examen de la situation bilantaire de FORTIS holding qu’il ne s’agit en réalité pas de cash en tant que tel, mais principalement de fonds propres dont presque la totalité est « sous garantie » et donc non utilisable.

Il omet aussi de préciser que de ces 3,5 milliards, il faut soustraire 760 millions pour participer à la capitalisation du SPV et 900 millions pour financer un crédit au SPV.

En réalité, personne ne semble savoir si le holding aura encore de la trésorerie réelle et utilisable (free cash).

Il apparaît également que les risques liés au produit CASHES et FRESH n’ont pas été provisionnés à suffisance, voire pas du tout.

Monsieur De Mey omet de dire que si l’accord est finalisé, et donc, qu’aucun nouvel actif ne vient réintégrer FORTIS holding, le risque d’insolvabilité voir de mise en liquidation de FORTIS Holding ne peut être écarté, car FORTIS holding aurait très peu de revenus et devrait, par contre, payer des charges d’intérêts sur dettes tout à fait insupportables.
 
En acceptant de signer un accord qui avait été rejeté par l’assemblée générale de FORTIS holding et en n’ayant pas respecté ses engagements à l’égard de ses actionnaires, Monsieur Jozef De Mey a engagé lourdement sa responsabilité et l’ADAF se réserve le droit d’agir à son encontre si le oui devait l’emporter dans de pareilles conditions.

Concernant le droit de vote accordé à tous les actionnaires aux prochaines assemblées générales extraordinaires, il est clair que la raison principale de cette décision du conseil d’administration de FORTIS Holding est d’empêcher les véritables actionnaires lésés par le démantèlement (ceux qui ont dit trois fois non le 11 février dernier), de s’opposer à nouveau aux accords imposés par le gouvernement belge au seul bénéfice de BNP Paribas.

Citons pour conclure le journal LE MONDE, qui a résumé parfaitement la situation actuelle en titrant il y a quelques jours : « BNP PARIBAS peut remercier le contribuable belge ».



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